Sujet de Thèse

Facteurs humains et ordonnancement dynamique de la production
Département : MPSI

Durée : 16/09/2022 - 31/10/2026


Description
Les besoins industriels deviennent de plus en plus exigeants recherchant à court terme, une réactivité suffisante face aux incertitudes et à long terme, une capacité de s'adapter aux besoins du marché. Pour répondre à ces besoins, les efforts de recherche en pilotage de systèmes industriels s'intéressent aux architectures de pilotage hybrides, qui combinent des méthodes de pilotage globales, telles que l'ordonnancement, avec des méthodes de pilotages locales, d'une manière distribuée (Cardin et al., 2017). Afin de rendre l'implémentation industrielles de ces architectures viables, la prise en compte de l'humain dans ces architectures reste un enjeu majeur et complexe à mettre en place (Bril El-Haouzi, 2017). Les travaux sur la prise en compte de l'humain ont de nombreuses directions, en partant des interactions (ou coopération) Homme(s)/Machine(s) et aux moyen pour faciliter cette interaction (Pacaux-Lemoine 2016, Boy 2017), sur l'Ethique (Trentesaux, 2021), sur la conception anthropocentrée d'architectures de pilotage (Bril El-Haouzi, 2017), qui cherche à rendre les systèmes technologiques compréhensibles pour l'humain, via la reproduction de comportements humain dans ces systèmes technologiques (Mezgebe et al., 2019) et en les faisant communiquer par approche sociale (Valette et al, 2020).

L'objectif de cette thèse est de se concentrer plutôt sur les facteurs humains intervenant dans les processus de prise de décisions de pilotage de la production. Dans un premier temps, nous nous intéresserons surtout à la problématique d'ordonnancement, très répandue dans la littérature et qui est un axe majeur du pilotage opérationnel de la production. L'intégration des facteurs humains (ex : fatigue) dans l'ordonnancement a, jusqu'à présent, été rarement étudiée, car ces facteurs amènent une grande difficulté liée la variabilité et à l'imprédictibilité (El Mouayni et al., 2019). Le problème de variabilité est induit de l'hétérogénéité, où chaque humain a ses propres caractéristiques individuelles, d'un point de vue physique (age, conditions physiques) ou mental (posture émotionnelle). Cette variabilité est aussi dépendante du temps à cause de la physiologie de l'humain qui change d'un jour à l'autre (cumul de fatigue, humeur). De ce fait, cette dépendance du temps de la variabilité va amener de l'imprédictibilité, qui se ressentira dans le système par des erreurs humaines par exemple, et qui reste à ce jour un défi scientifique notable pour l'ordonnancement. En effet, cet aspect temporel de la variabilité peut être vu comme une boucle, où l'ordonnancement est dépendant des facteurs humains, qui eux aussi dépendent de l'ordonnancement. Par exemple, un ordonnancement de tâche d'un humain peut être pénible et la fatigue engendrée peut influer sur l'efficacité des tâches suivantes, jusqu'à une détérioration menant à des erreurs humaines et par conséquent diminution des performances de l'ordonnancement.

De ces propos, un des verrous de cette thèse est d'intégrer cet aspect de boucle temporelle, pour proposer une architecture de pilotage hybride prenant en compte les facteurs humains. L'originalité de cette thèse est la conception et l'utilisation (instanciation) d'un modèle d'agent qui va intégrant les facteurs humains. L'idée est de concevoir l'agent via une modélisation de système en boucle (états, dynamiques, décisions), qui va intégrer les dimensions humaines (facteurs humains tels que la condition physique ou la charge cognitive) et sociales (interactions avec les autres agents de l'environnement). Ces dimensions humaines seront modélisées par des états, par exemple, liés aux facteurs humains, évoluant à court (fatigue physique), moyen (charge cognitive) ou long terme (humeur). Ces états « facteurs humains » seront intégrés dans le modèle mathématique pour l'ordonnancement et vont ainsi évoluer par rapport à la prise de décision, c'est-à-dire par rapport à la séquence d'actions calculée. De ce fait, chaque action va influer différemment sur un facteur humain et certaines séquences d'actions, pourtant optimales sans l'humain pris en compte, vont finalement devenir médiocres car menant à une détérioration significative de la condition d'humain et provoquer des erreurs humaines.

Cependant, l'obtention d'un modèle d'agent intégrant les facteurs humains sous forme d'états va amener un second verrou lié, d'une part, à l'estimation/l'observation de ces états « facteurs humains », mais aussi des effets des tâches/actions à effectuer sur ces mêmes facteurs. L'idée pourrait être la mise en place de méthodes prédictives, pouvant être issues de l'intelligence artificielle (Ex : apprentissage par renforcement), afin de déterminer rapidement les valeurs des états « facteurs humains » en mesurant l'efficacité (ou la non-efficacité) des actions réaliser par l'agent. Pour modéliser les effets des actions, plusieurs méthodes pourraient être abordées, dépendant aussi de la manière dont l'évolution de l'agent va être modélisée (par exemple, avec une vision de système à évènements discrets).

Pour montrer l'application industrielle des solutions proposées, la cellule de production Cyber-Physique (CP²) du plateau technique TRACILOGIS sera utilisée. Des modèles d'agents avec facteurs humains seront mis en place et instanciés.
Mots-clés
  • Facteur Humain
  • Ordonnancement
  • Modèle d'agent
  • Intelligence Artificielle
Conditions